Stage pour bibliothécaires : bande dessinée et questions de société (CIBDI, 25 au 27 janvier 2011)

1 Fév

Comme chaque année la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image (ex CNBDI) a organisé un  stage de formation professionnelle destiné aux bibliothécaires, avant que ne débute le festival d’Angoulême. La présidence de Baru oblige, ce stage a traité des questions de société dans la bande dessinée. Conférences, rencontres avec des auteurs (Davodeau, Krys, Sowa…) et visites d’expositions ont alterné pour aborder cette vaste question.

Ce stage a débuté avec une conférence de Benoît Berthou, maître de conférence au Laboratoire des Sciences de l’information et de la communication (LabSIC, université Paris 13), qui a dressé un panorama du traitement des questions de société dans la bande dessinée. Cette question a fait l’objet de peu de sujets d’étude. A noter néanmoins l’ouvrage de Pierre Alban Delannoy La Bande dessinée à l’épreuve du réel  édité chez l’Harmattan. On lui doit également chez le même éditeur Maus d’Art Spiegelman, bande dessinée et shoah.

Jalons historiques

Grâce au réel, la bande dessinée a trouvé une liberté. Ce qui a été un facteur de renouvellement. La bande dessinée du réel va tirer le 9eme art d’un certain territoire, celui de la bande dessinée enfantine qui a toujours ignoré le réel jusqu’il y a peu. A titre d’exemple, la bande dessinée pour enfants a souvent privilégié les lieux neutres (la gare de Moulinsart dans l’ album des aventures de Tintin, Les Sept Boules de cristal, pourrait se situer dans n’importe quelle petite localité de Belgique) ou les mondes imaginaires (exemple de l’univers des Légendaires de Sobral).

Les questions de société sont inscrites dans des publications comme A Suivre (1978-1997) avec des oeuvres telles que Alack Sinner de Sampayo et Munoz (polar social qui a obtenu à Angoulême le Prix de la meilleure oeuvre réaliste en 1978, Arrière-Pays de Ferrandez (vie d’un jeune expoitant agricole dans un village de Haute Provence) ou encore Le Sang du flamboyant d’Auclair et Migeat (s’intéressant à l’affaire René Beauregard en Martinique). 

Le roman graphique est placé directement dans le réel avec des auteurs fondateurs comme Will Eisner avec Un Pacte avec Dieu (récit se déroulant dans les quartiers pauvres de New York à partir de souvenir personnels) et Art Spiegelman (encore lui!) avec Maus. En France, la maison d’édition L’Association avec Jean-Christophe Menu aux commandes, qui considère ses ouvrages comme des livres et non comme des BD, a exploré également la veine du réel avec L’Ascension du Haut-Mal de David B. (épilepsie du jeune frère de l’auteur).

Le réel a été structurant dans l’édition…et chez l’auteur qui devient un créateur. La Bande dessinée d’auteur est née et se révêle être le médium pour témoignager à l’instar d’oeuvres récentes comme Pourquoi j’ai tué Pierre de Olivier Ka et Alfred (pédophilie) ou Dans les sables mouvants de Rosalind B. Penfold (violence conjugale).

                               

Ecrire le réel

Cette bande dessinée peut être pensée comme un duplicata du réel avec un dessin significatif qui retranscrit fidèlement le réel. Avec la série Tendre banlieue de Tito, le dessin réaliste est au service d’un récit réaliste. Il existe d’autres types d’écriture réaliste.

  • Celle utilisant l’ellipse. Dans Ines de Loïc Dauvillier traitant de la violence conjugale, il n’y a pas de contextualisation, la violence n’est pas montrée et est remplacée par une case noire. Le corps de la mère est montré partiellement.
  • Une autre faisant appel à une documentation. Dans La Guerre d’Alan de Emmanuel Guibert, il y a une dimension « précisionniste » et encyclopédique dans ce récit de déposition.

  • Enfin, celle relevant de l’écriture de reportage, où l’auteur se met en scène. Dans Gaza 1956 de Joe Sacco,  il s’agit en plusieurs images de raconter un tout, contrairement au photojournalisme qui n’en raconte qu’une seule.

Ecrire le social

Comment peut-on mettre en forme la société qui transcende l’individu? On peut invoquer trois modes d’écriture du réel :

  • La mise en situation dans un contexte, une localisation ou une condition sociale précise, utilisant un ton descriptif. Exemple, Je ne mourrai pas gibier d’Alfred (drame social et enfance blessée).
  • Une bande dessinée physionomiste, où le réel est incarné par un visage à l’instar de Droit du sol  de Charles Masson (immigration clandestine à Mayotte)
  • Une bande dessinée « urbaniste », où l’espace et la représentation d’un lieu sont les véritables personnages. Dans Quéquette Blues de Baru, les personnages sont comme enfermés dans le territoire de l’usine.

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Une Réponse to “Stage pour bibliothécaires : bande dessinée et questions de société (CIBDI, 25 au 27 janvier 2011)”

  1. Xavier G. février 1, 2011 à 7:17 #

    Bravo pour la réactivité et le titre est impeccable!

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